Motion générale d’actualité du conseil fédéral de novembre

Les gouvernements s’accumulent mais l’Éducation nationale et l’Enseignement supérieur restent dans le viseur austéritaire d’Emmanuel Macron et de ses ministres successifs.  Lors de l’examen du projet de loi de finances (PLF), le gouvernement Lecornu II prévoit 4000 suppressions de postes d'enseignant·es, premier et second degré confondus, pour la rentrée 2026. Alors que les classes sont surchargées et qu’il manque de nombreux·euses enseignant·es pour les élèves, le Premier ministre préfère utiliser l’argument d’une baisse démographique pour sabrer dans le budget de l’Éducation nationale. Pour SUD éducation, il est temps de baisser les effectifs des classes à hauteur de 20 élèves maximum dans le premier degré, 25 dans le second degré (16 au collège en éducation prioritaire et 20 en bac professionnel).

Rien, ou si peu, sur le bâti scolaire ou le désamiantage. A Marseille, le collectif Stop amiante éducation dont fait partie SUD éducation 13 vient de déposer plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui à cause de l’amiante. C’est le début d’une longue bataille juridique pour faire reconnaître les victimes de l’amiante et pour que ce matériau soit enfin reconnu comme un  danger grave et imminent dans l’éducation afin d’en combattre les effets.  Au contraire, le ministère s'enfonce dans le mépris en ne mettant sur la table que des reculs graves et dangereux pour l'environnement et pour notre santé.

Rien non plus sur la nécessité d’une école réellement inclusive. Or, il manque toujours 40 000 AESH sur le territoire pour couvrir l’ensemble des besoins des élèves concerné·es. Dans ce contexte, il paraît plus qu’urgent de créer un vrai statut pour les AESH et de verser rétroactivement et immédiatement la prime REP et REP+ à ceux et celles qui peuvent y prétendre. De la même manière, il est également nécessaire de créer un statut de fonctionnaire d'éducateur·trice pour les AED. C’est pour gagner sur ces revendications que SUD éducation appelle à construire la grève des AED le 15 décembre.

Par ailleurs, la nomination d’Edouard Geffray à la tête du Ministère de l’Éducation nationale nous alerte. Ancien bras droit de Jean Michel Blanquer, directeur général des ressources humaines, puis à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO), on lui doit notamment la réforme du baccalauréat, du “choc des savoirs” et la gestion calamiteuse de la pandémie de Covid 19. C’est donc toujours la même politique austéritaire sur le dos du service public d’éducation, alors qu’il est nécessaire d’améliorer les conditions de travail et de rémunération pour ses agent·es, et d’apprentissage pour les élèves. Au lieu de cela, la dégradation de nos conditions de travail s’accélère et s’accompagne du déni des problèmes de santé causés par le travail. On observe un refus quasi systématique des reconnaissances des maladies professionnelles et d’accidents de service et de travail liés aux risques psycho-sociaux (RPS).  Ces derniers sont de plus en plus nombreux : apparition de la notion d'astreinte, intensification du management toxique, regroupement d'écoles qui deviennent des usines à apprentissage, changements d'emplois du temps permanents des AESH,  inclusion sans moyens... Pour finir, l’intrusion de plus en plus fréquente de la police au sein des établissements avec immixtion dans les classes, la multiplication des systèmes de vidéosurveillances dans les établissements scolaires sont des RPS pour les élèves et les personnels.

Dans la voie professionnelle, le maintien de la réforme de 2023 et notamment le parcours dit « en Y » de l’année de terminale, décrié par tous les syndicats, est inacceptable . Le recul du gouvernement qui a fait passer cette période de 6 à 4 semaines, est loin d’être suffisant. Celui-ci ne va en rien régler la question de l’absentéisme et du décrochage des élèves. Le parcours en Y creuse  les inégalités entre celles et ceux qui, pour des raisons financières, choisissent l’insertion professionnelle et celles et ceux qui peuvent se permettre de choisir le parcours poursuite d’études. L’absurdité du passage des épreuves un mois plus tôt (tout en maintenant le même programme), oblige enseignant·es et élèves à mener la dernière année au pas de course.

 

Dans l’Enseignement supérieur et la recherche, le budget continue de dégringoler. L’augmentation de 175M€ sur les programmes “formation”, “recherche” et “vie étudiante” est en trompe-l'oeil, l’évolution de +0,64% ne permettant pas de faire face à l’inflation (1,3%). Il manque environ 8 milliards pour permettre d’accueillir les étudiant·es, de faire vivre les formations, de mener à bien une recherche pérenne et non sur projet, d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail. Or, les choix budgétaires du gouvernement ressemblent aux précédents : ces 8 milliards sont versés en crédit impôt recherche aux grandes entreprises sous couvert de R&D. Et, comme l’an dernier, le gouvernement choisit de mettre en péril les budgets des établissements en ne compensant pas des mesures qu’il prend lui-même. Ainsi, l’augmentation du prélèvement du Compte d’Affectation Spéciale pensions (+120M€), et la part employeur de la Protection Sociale Complémentaire (+200M€) va impacter fortement les établissements qui devront faire des choix budgétaires qui vont toucher les plus précaires (non reconduction de CDD…) et impacter nos conditions de travail.

Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, entend mener à bien et rapidement ses projets de libéralisation de l’ESR public à travers sa loi de “modernisation et régulation” de l’ESR. Celle-ci fait la part belle à l’enseignement supérieur privé. Elle prolonge également les établissements publics expérimentaux et les Contrats d’Objectifs, de Moyens et de Performance (les COMP100%), qui se généraliseraient dès l’an prochain. Ils actent une autonomie accrue des établissements, un désengagement de l’État à travers la contractualisation des moyens attribués, ainsi que l’incitation à développer leurs ressources propres.

Après avoir bloqué, de façon inadmissible, l’évacuation des étudiant·es gazoui.es pendant des mois en guise de punition collective, la France les a à nouveau accueilli·es sur son territoire, sous pression des universitaires notamment. SUD éducation poursuit son combat pour faire inscrire les étudiant·es gazaoui·es, soutient les campagnes de boycott des établissements du supérieur israélien qui participent au complexe militaro-industriel et à la colonisation. Dans le cadre des campagnes Boycott Désinvestissement Sanctions et Education 4 Gaza, SUD éducation exige des sanctions pour arrêter le colonialisme israélien.

Dans l'ESR, la répression, notamment par le fichage engagé par l'enquête IFOP sur l'antisémitisme, les remises en cause de la liberté académique par l'annulation du colloque sur l'histoire de la Palestine au Collège de France, la diminution des moyens… marquent ce début d'hiver.

 

Ne tombons pas dans le leurre d’une possible suspension de la réforme des retraites. C’est bien l’abrogation que SUD éducation défend et un retour de l’âge de départ à 60 ans, au bout de 37,5 annuités. Ce n’est pas à nous de payer leur crise !

Le gouvernement refuse d’aller chercher l’argent où il y en a et d’appliquer les différentes taxes nécessaires sur les hauts revenus, les grandes entreprises, les hauts patrimoines et stopper les aides publiques aux entreprises. Cette politique austéritaire, sauf pour les riches et le patronat, met à mal notre service public et préfère faire des économies sur nos vies. Le budget de la Défense, lui, ne cesse d’augmenter et a même doublé depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Pour Amélie de Montchalin, ministre de l’Action et des Comptes publics, la France a davantage besoin de militaires, de gendarmes et de policiers que d’enseignant·es. Le PLF 2026 voit un changement historique, symbolique et programmatique : le budget de l’armée avec 68,4 milliards (+6,7 milliards) dépasse celui de l’Éducation nationale (64,5 milliards d’euros).

Cela fait des décennies que l’armée infiltre ou instrumentalise l’école pour recruter des jeunes, souvent les plus précaires, ou pour rendre naturelle et fascinante la perspective de la guerre. Dans le contexte actuel, la militarisation des espaces scolaires s’accentue particulièrement. L'actualité récente ne cesse de le montrer. Les classes Défense sont en augmentation significative sur tout le territoire, et peuvent se trouver désormais en élémentaire (ouverture inédite récente en Gironde). Les trinômes académiques, association du rectorat avec des représentant·es ou partisan·es de l’armée, organisent des événements militarisés (exemple du « rallye citoyen » « Vis ma vie de détenu » dans le Val-de-Marne). Enfin, le 27 novembre, Emmanuel Macron a pris la parole entouré de jeunes faisant la Journée Défense et Citoyenneté (JDC), récemment militarisée. Il annonce notamment un service national dès l'été 2026, purement militaire, pour les majeur·es volontaires, ainsi que des classes Défense instaurées sur trois ans au lieu d’un. Face à cette accélération de l’emprise de l’armée sur l’école, SUD éducation réaffirme la nécessité d’un syndicalisme et de pédagogies antimilitaristes.

 

SUD éducation, au sein de l’union syndicale Solidaires, appelle à la mobilisation pour imposer un budget de justice fiscale, sociale et environnementale. Pour combattre ce budget austéritaire, pour défendre nos retraites, et réclamer une augmentation réelle des salaires, SUD éducation appelle à construire une grève massive et à participer activement aux manifestations lors de la mobilisation intersyndicale et interprofessionnelle à partir du 02 décembre.

Ne nous y trompons pas, ce contexte difficile, particulièrement pour les plus précaires, n’est pas la principale cause de la montée de l’extrême droite. Cette dernière a comme terreau le racisme systémique et comme engrais des médias réactionnaires, racistes et xénophobes, tels que ceux de la sphère Bolloré. Il est plus qu’urgent de changer ces politiques et leurs discours qui font monter le Rassemblement National et sa pensée xénophobe, raciste, sexiste, validiste et LGBTIphobes.

À Hénin-Beaumont, ville dirigée par l’extrême droite, la répression antisyndicale fait rage. SUD éducation apporte son soutien le plus total à notre camarade Djelloul Khéris, secrétaire de la section SUD CT qui risque jusqu’à la révocation à la suite d’une procédure disciplinaire lancée par le maire, Steeve Briois.

Dans nos écoles, la menace de l’extrême droite se manifeste notamment autour de l’Evar et de l’Evars. Faute d’avoir pu empêcher la publication d’un programme autour de cette indispensable éducation prévue par la loi, l’extrême droite tente de détourner les séances par des interventions d’associations qu’elle finance et qui sont des relais du patriarcat et des thèses LGBTQIphobes. Le milliardaire Edouard Stérin est le maître d’œuvre de cette entrisme de l’extrême droite dans l’école. Au-delà de l’école, lui et son homologue Vincent Bolloré déploient une vaste stratégie pour faire progresser l’extrême droite dans l’ensemble de la société. SUD éducation, avec l’Union syndicale Solidaires, s’engage dans la coalition « Désarmer Bolloré » et dans les collectifs qui se déploient contre Stérin.

Il y a un an, le 14 décembre 2024, le cyclone Chido dévastait l’île de Mayotte, faisant de  nombreuses victimes et aggravant les conditions d’existence dans ce territoire négligé, sous- doté, soumis à une gestion coloniale. Depuis, les moyens débloqués restent très en-deçà des besoins, traduisant le mépris du gouvernement français pour une population en souffrance. Mayotte continue à manquer de tout et les habitant·es de l’île sont entravé·es dans l’exercice de leurs droits fondamentaux. Dans le secteur de l’éducation, le droit à la scolarité et aux études est compromis par des cours suspendus faute de moyens, par des locaux impraticables, leur remise en état n’ayant pas été assurée. Des personnels ont été privés de traitement pendant plusieurs mois et continuent à se mobiliser pour être rétablis dans leurs droits. SUD éducation leur apporte tout son soutien, exprime sa solidarité avec les habitant·es de Mayotte et exigent que des moyens soient débloqués pour répondre aux besoins urgents de la population, pour reconstruire l’île, pour la doter de services publics de plein exercice, pour garantir un accès égal aux droits et pour assurer la rémunération des agent·es qui font fonctionner ces services publics.

SUD éducation se félicite des mobilisations sous diverses formes ayant eu lieu à l’occasion  de la journée pour le souvenir Trans (Tdor), de la journée internationale des droits de l’enfant et   de la journée internationale de lutte pour l'élimination des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes aux enfants et aux minorités de genre. A l’interpro comme dans l’éducation nationale, organisons-nous pour nous former, repérer, agir et éliminer les violences systémiques. Pour que les victimes ne subissent plus les violences institutionnelles d’un ministère qui refuse de les accompagner, comme la loi l’impose, SUD éducation continuera à se mobiliser.

Enfin, face à l’islamophobie toujours plus forte dans notre société, SUD éducation appelle à participer activement à la campagne contre la loi de 2004 en décembre, à l’occasion de l’anniversaire de la loi de 1905. Dans un contexte de montée des idées xénophobes en France et partout dans le monde, nous devons également nous mobiliser en soutien aux personnes exilées et sans papiers lors de la journée du 18 décembre. A l’école et dans l’ESR  les personnels et les enfants font face à une répression toujours plus forte.